Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

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La démocratie chez les abeilles

LA DÉMOCRATIE CHEZ LES ABEILLES - OBSERVATIONS ET RÉFLEXIONS

Il y a aussi certaines pratiques surprenantes à observer chez les abeilles. En l’occurrence il s’agit, d’une sorte de procédé "politique" qu’elles utilisent dans certaines circonstances, notamment à l’occasion de l’essaimage. Leur comportement dans ce domaine offre une nouvelle occasion d’étonnement, pour nous les hommes évolués et de surcroît comme nous le croyons, démocrates. Dans le cas présent, il est question « d’élections résidentielles » auxquelles procède en réalité tout essaim naturel.

Dans la pratique, en général, la partie de population quittant la souche, s’agglomère provisoirement sous une branche près de la ruche. Cette grappe d’abeilles est composée en moyenne par quelque 15000 individus. Bien évidemment, elles ne vont pas rester sur place pour passer l’hiver. Ce n’est qu’une halte provisoire, une sorte de « rassemblement ». Il va donc falloir chercher un gîte convenable pour s’établir, pour pouvoir vivre, se protéger,... pour passer l’hiver, se reproduire après. Pour y parvenir, l’essaim naturel emploie un processus de recherche remarquablement efficace, et étonnamment démocratique. Nombreuses de mes observations tendent à le démontrer.

L’auteur observant l’arrivée d’un essaim naturel

Bien entendu, chacun des 15000 individus que compose l’essaim, ne va pas chercher individuellement, un emplacement possible pour sa colonie. Cette façon de faire serait d’ailleurs complètement inefficace pour des raisons logiques compréhensibles. Ils ont bien mieux à faire. Faut-il remarquer aussitôt, que la communauté de ces petits insectes possède donc une logique rationnelle ?

Alors, "en connaissance de cause", les abeilles « désignent » et envoient plusieurs dizaines d’émissaires pourvoyeuses à la recherche d’un gîte, et pas n’importe lequel. Ces "déléguées sont des spécialistes, expertes" en matière de "logements". Ce sont elles et uniquement elles qui partent à la recherche d’un gîte, le meilleur possible dans les proches environs.

Elles visitent alors chacune, de nombreux gîtes susceptibles de convenir pour se loger. Il s’agit bien de juger les qualités de chaque lieu découvert (jugement subjectif puissant au premier degré). Faut-il ensuite être capable de comparer les qualités des lieux inspectés entre eux (jugement subjectif à la puissance 2). Sinon pour quelles raisons visiter tant de lieux ?. Ce fait implique leur capacité d’effacer au passage, de leur mémoire des renseignements inutiles ou obsolètes et cela à volonté. Alors que d’autres informations peuvent être mémorisées jusqu’à 48 H.

Déjà des questions pertinentes

Comment cette communauté désigne-t-elle ses missionnaires spécialistes chargés de la recherche "immobilière" ?. D’où viennent leurs compétences en la matière ?. Comment se forment leurs opinions subjectives ?. Quelles sont les qualités d’un logis idéal pour elles ?...
La plupart de ces questions restent sans réponse précise aujourd’hui.
Par contre, et en comparaison, de telles questions peuvent être posées chez les humains aussi. D’où vient la vocation, les talents, des artistes, des musiciens ... des rebouteux... des prêtes... D’où viennent leurs compétences lorsqu’elles ne sont pas reçues par apprentissage ?. Sont-elles d’origine innée ?
À remarquer justement, que pour les pourvoyeuses de gîte, chez les abeilles, il n’y a pas d’apprentissage possible, puisque les générations se succèdent et se relèvent 2 à 3 fois par saison et cela sans essaimage !
Aujourd’hui encore, les apiculteurs observateurs ne connaissent que quelques vagues paramètres pris en considération concernant les qualités des logis choisis par ces pourvoyeuses.
Par exemple : Pour quelles raisons choisissent-elles si souvent des cheminées désaffectées dans lesquelles la fumée de feux de bois sent fort et où passe un courant d’air important et en permanence ?
Malgré leurs préférences pour les cheminées désaffectées, certains apiculteurs leur proposent un "logement meublé". Moi-même je procède ainsi. Il s’agit de ruches usagées inhabitées, mais équipées de cadres bâtis. Elles sont préparées ainsi dans le but d’attirer des essaims vagabonds durant la période de l’essaimage. Une sorte de « petite annonce » lancée dans la nature : « logement tout confort libre ». En effet il arrive souvent que de telles annonces sont "lues", et le lieu sera visité par les "agents immobiliers" de l’essaim en quête de logis. La preuve en est que parfois un essaim s’y installe. C’est en observant de telles " ruches pièges" qu’il est possible d’observer, puis d’affirmer le déroulement des événements de l’occupation des lieux.
En effet, les affirmations et les propositions de conclusions contenues dans ce texte ont été faites à partir de nombreuses expériences et observations de ce genre. En 35 ans d’expérience j’ai réussi à loger ainsi quelque 40 essaims vagabonds.
On peut aussi constater par exemple un fait réel : Les pourvoyeuses de gîte sont en activité bien avant le jour d’essaimage. La preuve en est que les ruches pièges sont visitées régulièrement. On peut supposer que de telles démarches sont exécutées dès la présence des alvéoles royales operculées dans la ruche souche. Il est aussi possible que les « préliminaires » nécessaires aux élections résidentielles aient été déjà réalisées. Cette hypothèse parait justifiée par le fait que dans certains cas, l’essaim repart dans l’heure qui suit sa sortie. Mais en général il reste plusieurs heures en place. C’est le cas classique, mais quelquefois il arrive qu’il reste plusieurs jours en place.

Le déroulement du processus

Les missionnaires, "agents immobiliers" partent, une à une de la surface même de l’essaim pendu et cela chacun dans des directions différentes. L’essaim est calme et attend patiemment la suite des événements. Certains parmi ces émissaires reviennent quelque temps après, d’autres tardent.
Chacune arrive avec une seule information, avec celle considérée personnellement comme étant la plus convenable à tout point de vue. Rappelons-nous qu’elles ont visité des lieux sûrement par plusieurs dizaines, sinon, par centaines. On peut les observer visitant les espaces derrière des volets, elles pénètrent dans les chambres si les fenêtres sont ouvertes, visitent les greniers et toutes sortes de cavités. Elles examinent les lieux, quelquefois méticuleusement. Ce fait prouve, qu’elles ne sont pas là pour chercher des fleurs, elles sont là pour visiter des lieux, apprécier, juger ses qualités. Notons au passage que chacune de ces visiteuses est capable de faire un choix parmi les gîtes visités. Cela prouve aussi qu’elles sont capables d’effacer dans leur mémoire toutes les informations estimées inutiles.
À mesure, que les informations arrivent à la grappe d’abeille, elles seront transmises une à une, en tant que telles, c’est-à-dire comme information, à une nouvelle catégorie de population, à celle des contrôleuses. On peut constater ce fait en observant la danse frétillante, autrement dit, un de leurs principaux moyens de communication, que ces émissaires exécutent sur la surface même de la grappe suspendue. La catégorie de population à laquelle l’information est désignée se met à l’action aussitôt. Il s’agit d’une nouvelle délégation, d’un petit détachement, de l’essaim. C’est justement ce petit sous-ensemble qui va procéder à la suite des événements, c’est-à-dire aux "élections résidentielles".

Mais maintenant il va falloir choisir parmi les lieux que chacune des pourvoyeuses ont rapporté à l’essaim en tant qu’information. Il y en a autant que le nombre des émissaires. Alors, comment savoir, quel est le lieu qui possède les meilleures qualités ? Il s’agit bien d’un choix subjectif, cette fois-ci non individuel, mais collectif et de plus démocratique. (à la puissance 3) ?
Chacun des lieux initialement et individuellement choisis par les "émissaires "sera alors visité et revisité par des membres du détachement "chargés de contrôles". Alors les informations seront croisées, vérifiées et revérifiées au cours de véritables "meetings politiques". Chacune des contrôleuses, fait le choix parmi des lieux visités et en rentrant « crie » les mérites des gîtes contrôlés jusqu’à ce que par les croisements des visites, une large majorité se dégage en faveur du lieux favori. (Choix subjectif à la puissance 4)
Déjà, au cours de la formation de la majorité un "détachement militaire" sera alors envoyé sur les lieux, afin de défendre les accès du gîte repéré, et cela contre tout "agent immobilier" étranger à la colonie. On aperçoit alors leur présence sur la planche d’envol de la « ruche piège ». Il est facile de les reconnaître. Elles restent sur place en permanence. Quelquefois elles sont par dizaines et elles vérifient l’identité de tous ceux qui arrivent. Au besoin il y a même de la bagarre. Ce phénomène signifie que le choix est fait, les élections résidentielles ont abouti, la "décision" est prise pour occuper précisément ce lieu comme résidence principale. Quelque temps après que ce phénomène se soit produit, l’essaim arrive et occupe le lieu.
Le processus se déroule seulement avec la participation de quelques centaines d’abeilles. Sa majesté, la reine, les bourdons et les jeunes "de moins de 18 ans" ainsi que toute la population "non compétente" n’ont pas le "droit de vote" !!!. La colonie fait donc confiance à ses spécialistes compétents. Ce sont eux qui procèdent aux élections, c’est à eux seuls qu’incombe la responsabilité de la « politique du logement »
Quelle finesse dans le partage des tâches, et des responsabilités ! Cependant il reste encore plusieurs phénomènes mystérieux et inexplicables. Par exemple : à quel moment et qui donne l’ordre de départ pour la grappe, comment l’ensemble de la population sera informée (de bouche à l’oreille ?), connaître l’instant précis du départ. En effet au moment donné précis, la grappe se désintègre l’essaim se met en route dans la minute. Celles qui se sont envolées tournent au dessus, en attendant que tout le monde ait repris son vol. Alors faisant un petit nuage compact d’une trentaine de mètre de diamètre, guidé par des contrôleuses, elles partent dans la direction du gîte choisi.

Des échecs pourtant

Par manque de gîtes naturels convenables dans les environs, mais aussi par manque de missionnaires, (le cas des essaims tardifs, secondaires, voire tertiaires et plus) ou par le manque de compétence de ces dernières, (les essaims tardifs sont composés principalement par des jeunes avec peu expériences) le processus n’aboutit pas toujours à des résultats convenables. Alors, dans la plupart de ces cas, de telles colonies ne survivent pas aux rigueurs des intempéries hivernales. N’est ce pas aussi une façon pour la Nature de sélectionner les colonies, les plus résistantes, plus « intelligentes » ayant les meilleures capacités d’adaptation ?
Entre en scène alors l’apiculteur prévoyant. Il cueille l’essaim et propose une protection par un logement aménagé, confortable. Mais en contrepartie de cette fourniture, et le « contrat » des soins qui va avec, il exige une "location" à juste titre. Malheureusement parmi les propriétaires il y a aussi des indignes, qui exigent une "location" payable en nature si élevée que la colonie risque de ne pas passer l’hiver.

La symbiose

La société des abeilles vit en symbiose avec son environnement, ce qui correspond à un comportement rationnel logique et surtout efficace. Leurs 80 millions d’années d’existence en est une preuve flagrante. Ce qui est certain, c’est que durant toute leur existence, elles n’ont jamais aggravé elles-mêmes, leurs propres conditions de survie. Symbiose oblige ! Ce n’est pas un secret, mais une constatation !
Alors qu’en toute évidence ce n’est pas le cas de l’homme ! Aujourd’hui, nous ne respectons pas notre environnement, pire encore, nous ne respectons guère la Planète entière. Serait-ce un comportement logique et rationnel de la part de "l’espèce mammifère bipède " doté de l’intelligence que nous semblons avoir, et qui se croit au-dessus des animaux ?
Pour quelles raisons l’homme ne chercherait-il pas à vivre en symbiose avec son environnement comme font les abeilles ? Mieux encore pourquoi ne pas chercher intelligemment à favoriser le dynamisme de cet environnement, après tout, nous vivons en son sein !

L’apiculteur raisonnable s’adapte aux moeurs de ses abeilles, et non l’inverse. Il cherche à favoriser leur dynamisme au développement, à renforcer leur condition vie et de santé. Il ne prélève que le surplus en guise de location et de soins prodigués. Tels sont ses propres intérêts, et aussi l’intérêt de l’humanité !

Joseph Bencsik 23, bd des Castors, 69005 Lyon
Mail : joseph.bencsik@free.fr

BENCSIK Joseph - 1er novembre 2007

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