Syndicat d'Apiculture du Rhône et de la Région Lyonnaise

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Une colonie d’abeilles dans la cheminée (suite)

UNE COLONIE DANS LA CHEMINÉE - SUITE

Une "ruche cheminée"

Avant-propos

Il s’agit de propos concernant des ruches recomposées en "ruche cheminé" et de quelques réflexions. Ils sont basés sur des expériences et observations réalisées à ce sujet récemment.

Dans mon écrit précédent, intitulé « Une colonie dans la cheminée », il était question de quelques observations comportementales concernant des essaims naturels vagabonds, qui de préférence s’installent dans des cheminées désaffectées.
C’était une occasion à se poser des questions sur les causes du choix de tels gîtes et sur les avantages qui peut en résulter pour la colonie, et naturellement, pour nous, les apiculteurs. Les quelques constatations à première vue insolites, m’ont incité à entreprendre de nouvelles expériences, de nouvelles observations et de nouvelles réflexions. Le but est aussi une recherche d’opinions et d’objectivité, à travers une diffusion de ces textes.
Les résultats de mes nouvelles expériences s’avèrent apparemment étonnants. En tout cas ils ne correspondent pas forcement aux idées dominantes que les apiculteurs d’aujourd’hui font en général au sujet du logement idéal pour abeilles, bien au contraire. Les besoins des colonies en matière de la qualité du logement se révèlent de plus en plus précisément. Ne soyons pas bloqués dans nos convictions, par des idées reçues. Celles, que j’émets peuvent être également contestables. Afin de vérifier la justesse de mes observations et de mes réflexions, quiconque peut procéder à quelques expériences. Elles sont à la portée de tout apiculteur possédant du matériel apicole classique.

En pratique

En réalité l’emploi des ruches conçues comme « ruche cheminée » n’est pas connu dans la pratique en dehors d’un cercle restreint. Étant donné les avantages sanitaires remarquables dont elle fait preuve, elle mérite sans doute l’attention de tout apiculteur soucieux de la santé de ses abeilles. Ces caractéristiques conceptuelles est très simple, voici en résumé :

Elle est composée d’une hausse ou un corps de ruche à crémaillère "écarté" (9/10 cadres) équipée de cadres, eux-mêmes munis seulement d’une petite bande d’amorce de cire gaufrée. Elle sera surmontée par le corps de ruche habité par la colonie en observation. Le tout étant posé sur un socle entièrement grillagé. Cette « cheminée » sera alors recouverte d’un couvre cadre également grillagé et par le toit de la ruche.
Cependant pour la saison hivernale, elle va recevoir sur son couvre cadre grillagé, une couche d’isolation thermique et le toit. Elle sera surélevée du sol d’une trentaine de cm.
Naturellement, il faut s’assurer que le vent puisse passer en dessous. Rappelons-nous que la circulation du vent est très importante. En réalité elle ne peut pas nuire à la colonie car celle-ci gîte en haut de la « cheminé ». Le courant d’air sous la "ruche cheminée" présente même un avantage remarquable pour la santé de la colonie, comme il a été déjà noté dans le premier écrit.

Quelques généralités

En général les abeilles démontrent à l’observateur attentif leur « accord ou désaccord » sur la situation dans laquelle elles se trouvent. Il s’agit d’indications, signes perceptibles, dérangements, déséquilibre, excès de consommation, affaiblissement, maladies...ou dynamique et bonne santé !
Il suffit pour cela, que l’apiculteur leur donne l’occasion de s’exprimer, et qu’ensuite il déchiffre leurs significations. C’est le cas dans les observations réalisables à l’aide des « ruches cheminées ». Parmi ces signes en voici deux exemples. Elles sont claires et nettes, et indéniables :
1. Le socle entièrement grillagé sous la colonie, laissé en permanence, l’hiver comme été, n’est jamais colmaté par les abeilles. Cela signifie, qu’elles ne sont pas gênées par le courant d’air passant par ce dispositif.
2. Au contraire, le couvre - cadre grillagé est toujours colmaté en commençant par le centre et par les bords et cela dès le début de l’été.

Pour quelqu’un d’attentif, ces observations montrent, que la colonie ne cherche pas se protéger contre les intempéries par le bas, mais seulement par le haut. Serait-ce aussi pour d’autres raisons, raisons hygiéniques pour ne pas retenir ses « déchets ménagers » par le bas, pour avoir une bonne oxygénation...?
(Voir écrit "Une colonie dans la cheminée".)

Pour l’apiculteur soucieux du bien-être naturel de ses abeilles, il s’agit de tenir compte de leurs comportements. D’ailleurs qui d’autre pourrait savoir mieux, qu’elles mêmes, de ce qui est utile et convenable pour elles ?
À nous apiculteurs attentifs d’en décrypter les signes ! Nous avons intérêt à respecter leurs comportements en usage depuis plusieurs millions d’années. On peut supposer raisonnablement que ces habitudes ne se sont pas mises en place pour rien.
Justement il se trouve, que la « ruche cheminée » permet de se « coller » un peu plus près à leurs mœurs ancestrales. De plus, les expériences faites avec ce type de matériel, permettent aussi et par la même occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la méthodologie apicole appliquée en usage aujourd’hui.

Lors des premières expériences

La rigueur de l’hiver était moyenne cette année. À la sortie de la saison, vers la mi-mars, (dans la région de Lyon) et les colonies en observation étaient en excellente santé. La preuve en est que les cirières ont commencé à construire dans le volume vide, plusieurs ébauches de rayons collés à la baguette inférieure des cadres.
Il faut remarquer que lors de la première année d’expérience la hausse "basse" (placée sous la colonie) n’était garnie d’aucun cadre. La présence des ébauches de rayons permettait de conclure que les ruches cheminées, telles qu’elles sont conçues ont bien fonctionné. Apparemment chacune des colonies logées dans de telles ruches sont sorties de l’hiver en pleine forme.

Ces ruches sont donc conçues sur des bases réalistes correspondant à l’attente des locataires. La bonne adaptation, et le bon fonctionnement du système étaient indiscutables. L’expérience a été concluante. Ces observations étaient alors interprétées comme une incitation forte à la pose des hausses. Alors, une fois ces ébauches supprimées les hausses vides étaient enlevées. Puis garnies de cadres bâtis, aussitôt réemployées comme hausses classiques posées sur le corps de ruche correspondant. En réalité par ces manipulations un peu précipitées, l’expérience de la « ruche cheminée » a pris fin du moins momentanément. Ces ruches cheminées sont redevenues comme des ruches classiques ordinaires.
Cependant quelques questions intrigantes sont restées en suspens : à savoir si d’une part les phénomènes constatées se reproduisent à nouveau et cela, systématiquement et d’autre part, quels seront l’avenir, la nature et la destination de ces ébauches de rayons ?

L’année suivante

Plusieurs « ruches cheminées » ont été constituées identiques à celles de l’année précédente. Dans ce cas encore, les colonies expérimentales sont sorties de l’hiver en pleine forme. La preuve en est que de nouveau, elles se mettaient à construire des rayons sous les cadres, dans le volume vide, et cela dès le début d’avril. Cette fois-ci, certaines hausses "basses" étaient garnies de cadres munis d’une amorce de cire gaufrée, le tout étant en place, dès novembre. Les colonies pouvaient donc alors se développer librement, guidées par la nature dès sortie d’hiver.

Ainsi, elles avaient recommencé à bâtir des rayons sous les cadres, comme l’année précédente. Une semaine après, elles se sont retrouvées avec trois à quatre rayons de 15 cm de hauteur construits dans l’axe du nid. Ce qui était remarquable dans ces phénomènes, c’est que ces rayons, sans exception ont été constitués par des alvéoles de bourdons. Par contre pas de traces de l’élevage de bourdon dans le corps de ruche. Ce comportement méthodique indéniable incite à la réflexion à plusieurs titres.

Remarquons tout de suite, que ce type d’attitude, c’est-à-dire vouloir construire d’abords des alvéoles de bourdons est sûrement naturel chez les abeilles, étant donné qu’il est systématique. Ces observations incitent à affirmer qu’un moment donné dans le cycle annuel de la vie des colonies, elles se sentent dans un besoin irrésistible d’élever des bourdons ! On peut aussi supposer que cette façon de se conduire fait partie de leurs patrimoines comportementaux depuis la nuit des temps.

Notons également d’autres constatations authentiques et claires : dans une « ruche cheminée » la colonie n’éparpille pas son élevage de faux-bourdons, comme ce souvent le cas dans une ruche classique. En effet dans ce cas dernier en général elles construisent de telles alvéoles généralement à la périphérie de l’élevage et à l’endroit ou elle trouve de la place. Cette fois elles préfèrent bâtir des rayons entiers quasi exclusivement aux bourdons et cela dans hausse "basse". En général, entre ces rayons on ne trouve pas de rayons d’élevage d’ouvrières, sauf si l’apiculteur n’assure pas la place nécessaire dans le corps de ruche à la ponte d’ouvrière. L’inverse devrait être aussi vrai : en principe il n’y a pas d’élevage de faux-bourdons sur des rayons d’élevage d’ouvrières.

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Les abeilles construisent des cellules de faux-bourdons

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L’explication est simple : les dimensions des alvéoles des faux-bourdons sont nettement plus importantes que celles des alvéoles ouvrières. En principe, il n’y a donc pas suffisamment d’espace pour de telles alvéoles entre les rayons de l’élevage d’ouvrière. Alors que dans la hausse "basse" elles sont libres de faire selon leur guise.
Elles peuvent par exemple écarter leur rayon à la distance optimale pour élevage de bourdon. Et en effet remarquons toute de suite qu’elles ne s’en privent pas. Ces rayons sont parallèles, et ils ne sont pas dans l’axe des cadres se trouvant au dessus.
Ces rayons ainsi construits librement présentent bien des avantages, dont certains seront très importants dans la lutte naturelle contre l’envahissement du parasite varroa. Il en sera question dans un prochain article.

Joseph Bencsik
23 bd des Castors 69005 Lyon
Mail:joseph.bencsik@free.fr

BENCSIK Joseph - 16 février 2007

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